Paul Guiraud (marin)

Paul Justin Henri Marie Guiraud, né le à Baziège (Haute-Garonne) et mort le à Saint-Mandrier (Var), était un officier de la Marine française. Il est un des inventeurs de la grenade anti-sous-marine.

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Paul Justin Henri Marie Guiraud
Naissance
Baziège (Haute-Garonne)
Décès
Saint-Mandrier (Var)
Origine France
Arme Marine française
Grade capitaine de frégate
Conflits Première Guerre mondiale
Distinctions Officier de la Légion d'honneur

Biographie

Paul Justin Henri Marie Guiraud est né le à Baziège (Haute-Garonne)[1]. Il entre dans la Marine en 1899[2]. Il est nommé aspirant le . Il est alors au port de Brest. Le , il est emarqué sur l'aviso-transport Durance, à la division navale du Pacifique. Promu enseigne de vaisseau de 1re classe le [2], il est breveté officier torpilleur. Le , il est affecté sur le cuirassé République, à la 1ère escadre. Il est nommé lieutenant de vaisseau le .

Première Guerre mondiale

Le , il est affecté au port de Lorient. Fin , il est nommé commandant du contre-torpilleur Pique[1].

Il reçoit une citation à l'ordre de l'armée pour son attitude lors du torpillage du Gard, de la Compagnie générale transatlantique, survenu le [1] :

« Le torpillage du Gard a fait peu de victimes grâce au lieutenant de vaisseau GUIRAUD, commandant le torpilleur la Pique, dont les hautes qualités de courage, de sang-froid, de décision et de sens manœuvrier, ont brillé dans la circonstance. Malgré le danger et les difficultés que présentait l’opération, il n'a pas hésité à accoster le Gard pour sauver les passagers restant à bord, dont une partie, sans cette manœuvre audacieuse, aurait été vraisemblablement noyée, le bâtiment se fermant comme un livre, vingt minutes après l'évacuation de cinquante minutes de durée. »

La grenade Guiraud

Il est le concepteur de la grenade anti-sous-marine qui porte son nom[1]. À cette époque, le sous-marin, qui commençait à peine sa carrière militaire, était considéré comme un engin très dangereux, et presque invulnérable quand il naviguait en plongée. Les projectiles des canons classiques ricochaient sur l'eau. On imagina divers systèmes à base d'obus et de mortiers pour les lancer, mais on abandonna vite cette idée. Pendant ce temps, le lieutenant de vaisseau Guiraud, embarqué sur le cuirassé Vergniaud, avait imaginé un moyen de protéger une escadre au mouillage contre les sous-marins ennemis. Il avait construit une mine portative d'un poids assez faible pour être maniable. On la mouillait à la main depuis le pont d'un torpilleur ou d'un canot à vapeur. Il adapta à cet objet d'anciennes torpilles de déblaiement. Puis il conçut un nouveau modèle : un simple cylindre métallique[3], de 25 kilogrammes[4]contenant une charge de 24 kg d'explosif, avec une mise à feu à flotteur, reliée par un fil à la gâchette de la mise à feu. Le fonctionnement était simplissime : on jetait la grenade et son flotteur à la mer. La grenade coulait, le flotteur surnageait. Le fil se déroulait. Lorsqu'il était tendu, il tirait sur la gâchette et la charge explosait. La profondeur de l'explosion était réglée par la longueur du fil[3].

Le système avait évidemment des inconvénients. Le principal fut mis en évidence par un accident qui se produisit à bord du torpilleur Bouclier (sister-ship du Pique) : une maladresse avait fait que le flotteur se trouva séparé de la grenade à bord. Le flotteur tomba à l'eau et la grenade explosa sur le bâtiment[3]. Le torpilleur de haute mer Rafale fut également victime de cet engin dangereux, le dans le port de Boulogne. Il fut coulé par l’explosion accidentelle d’une grenade de ce type[2].

Mais le lieutenant de vaisseau Guiraud poursuivit ses recherches. Il porta[3] à 40 kg[5] la charge de la grenade et y ajouta une mise à feu hydrostatique qui caractérise son invention[3]. Cette nouvelle mise à feu, composée d'un piston dont une face est soumise à la pression de l'eau et dont la tige percuteur porte un ressort compensateur réglable, répond à presque toutes les préoccupations du commandement : le fonctionnement en est suffisamment sûr, elle peut être séparée de la grenade facilement et sans danger. Les premiers essais de la grenade Guiraud remontent à . La mise à feu permet une explosion à immersion réglable, 15, 25 ou 35 mètres. Son rayon d'action est d'environ 25 mètres. Surtout, elle a le mérite incontestable de ne pas fonctionner hors de l'eau. Il y eut plusieurs façons de larguer ces grenades sous-marines : plans inclinés, chemin de roulement à l'arrière d'un navire, mortiers[3]...

Cette première grenade Guiraud est adoptée en . Elle pèse 45 kg, avec une charge au perchlorate, remplacée par du coton-poudre en 1916[2], et une mise à feu par piston hydrostatique[6]. Initialement, 4000 de ces engins ont été construits[2]. Les différents grenadeurs se perfectionnèrent tout au long de la guerre. La tactique du grenadage évolua progressivement. Les résultats furent d'abord modestes. Néanmoins, en , 27 sous-marins allemands avaient été victimes des grenades Guiraud[3].

En effet, la grenade est très vite jugée supérieure à toutes les autres armes anti-sous-marins par les marins français[7] :

« Quant aux engins de combat, on fabrique d'abord des torpilles de fortune, charges explosives que le patrouilleur sème dans son sillage en passant au-dessus du sous-marin, et qui, perfectionnées par le lieutenant de vaisseau Guiraud, deviendront une arme très efficace. »

Le , le sous-marin allemand UB-26 s'approche du Havre pour attaquer de nombreuses barges, qui attendent l'heure de monter à Rouen. L'UB-26 se prend dans une ligne de filets défensif. Le torpilleur Trombe, alerté, accourt et commence à grenader l'emplacement présumé du sous-marin. Le torpilleur lâche trois grenades. Quelques minutes plus après, le submersible fait surface et l'équipage se rend. Des bâtiments s'approchèrent pour le prendre en remorque, mais il coule alors qu'on le traînait sur un haut-fond voisin. L'UB-26, que les Français réussirent à renflouer, prit après-guerre le nom de Roland Morillot. Il fut la première réelle victime de la grenade Guiraud[3].

Le témoignage de camarades de Paul Guiraud a été recueilli[8] :

« Nous avons personnellement connu ce camarade technicien éminent, diplômé de l'Ecole supérieure d'Electricité. Nous l'avons vu travailler sur cette petite caisse rectangulaire, de modestes dimensions, qui, au début, chargée de quelques kilos d'explosifs, devait éclater sous l'eau à une immersion déterminée et blesser le sous-marin en plongée. Nous étions loin de nous douter que ce jouet était la première cellule de ce qui devait être la terrible depth-charge de l'avenir. Dès l'été 1915, la grenade Giraud, fabriquée par nous avec des moyens de fortune, fut considérée comme une arme efficace. A partir de juin, après le torpillage du croiseur italien Dublin, les arsenaux italiens la fabriquèrent en grande série. C'est en novembre de cette année que l'U-16 fut coulé par les grenades du torpilleur italien Nembo qu'il venait de torpiller. Particularité surprenante, les Allemands ne connurent l'existence de la grenade qu'en mai 1917, par l'insuccès du grenadage de l'U-49. Dix mois plus tôt, l'U-67 et l'UB-44 et en décembre, l'UC-19 avaient été coulés par cette arme, mais aucun survivant n'était revenu pour dire la raison vraie de ce qui avait été leur effroyable destruction. L'effet produit sur les sous-mariniers allemands fut considérable : en immersion, la mer n'était plus pour eux une cuirasse invulnérable. 33 % des U-boote coulés pendant cette guerre l'auront été par cet engin. C'est qu'on était loin du joujou de Guiraud ! »

La grenade modèle 1922 pèse 260 kg, avec une charge explosive de 200 kg à mise à feu hydrostatique à 30 m, 50 m, 75 m ou 100 m de profondeur. Ces grenades sont mises à l’eau par des grenadeurs axiaux ou des projecteurs latéraux[9].

Fin de vie

Le capitaine de frégate Paul Guiraud décède à Toulon, le , à la suite d'une fièvre typhoïde. Il était alors commandant en second du croiseur cuirassé Jules Michelet et officier de la Légion d'honneur. Le cercueil contenant son corps est arrivé en gare de Baziège le à 9 heures du matin, et il a été enterré à Baziège au cimetière de Sainte-Colombe. Même après son décès, la grenade de son invention fut perfectionnée pour devenir une arme redoutable.

Distinctions

Notes et références

  1. « Paul Justin Henri Marie GUIRAUD (1881 - 1925) », sur Parcours de vies dans la ROYALE (consulté le 15 décembre 2019).
  2. Memgam, « Grenade sous-marine GIRAUD », sur Forum PAGES 14-18, sam. avr. 20, 2013 (consulté le 15 décembre 2019).
  3. « Paul GUIRAUD inventeur de la grenade sous-marine qui porte son nom », sur A.R.B.R.E. (Association de Recherches Baziégeoise : Racines et Environnement) (consulté le 15 décembre 2019).
  4. « La marine dans la grande guerre », sur Centre d’études stratégiques de la Marine, (consulté le 15 décembre 2019).
  5. Paul Chack, Marins à la bataille, vol. 4 Mer du Nord, Le Gerfaut, (ISBN 2-9011-9653-5, EAN 978-2-90119-653-2, lire en ligne), p. 197.
  6. Pierre Molaine, Célébration de la grenade, FeniXX, 56 p. (ISBN 2-30702-678-9, EAN 978-2-30702-678-5, lire en ligne).
  7. CV (R) A. Thomazi, La Marine Françoise dans la Grande Guerre, 1914–1918, vol. 1. La guerre navale dans la zone des armées du nord, Payot, (lire en ligne), p. 65.
  8. Maurice Guierre, Aux postes de plongée, Gallimard, , 480 p. (ISBN 2-07023-027-9, EAN 978-2-07023-027-3), p. 173.
  9. (en) Tony DiGiulian, « French ASW Weapons », sur Naval Weapons, Naval Technology and Naval Reunions, (consulté le 15 décembre 2019).

Bibliographie

Liens externes

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