Rue Notre-Dame-de-Nazareth

La rue Notre-Dame-de-Nazareth est une rue du 3e arrondissement de Paris.

3e arrt
Rue Notre-Dame-de-Nazareth

Vue depuis la rue du Temple.
Situation
Arrondissement 3e
Quartier Arts-et-Métiers
Temple
Début 89, rue de Turbigo
201, rue du Temple
Fin 104, boulevard de Sébastopol
Morphologie
Longueur 605 m
Largeur 11 m
Historique
Dénomination Décret ministériel du
Ancien nom Rue Neuve-Saint-Martin
Rue du Ponceau
Géocodification
Ville de Paris 6775
DGI 6834
Géolocalisation sur la carte : Paris
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Situation et accès

Située dans la partie nord-ouest du quartier du Temple, la rue est parallèle au boulevard Saint-Martin depuis le carrefour Strasbourg – Saint-Denis jusqu'à la place de la République. Elle fait partie du triangle des Arts-et-Métiers, formant l'une des trois parallèles de celui-ci avec la rue Meslay et la rue du Vertbois, qui opère une transition entre le Sentier et le Marais[1].

Ce site est desservi par les stations de métro Temple, Arts-et-Métiers, République, et Strasbourg - Saint-Denis.

Origine du nom

Le nom de la rue fait référence au couvent des pères de Nazareth, situé à proximité, dans la rue du Temple[2]. Le couvent, investi en 1630[3] et décrit comme n'ayant « rien de remarquable »[4], sera détruit deux siècles plus tard, lors du percement de la rue Sainte-Élisabeth en 1807[2].

Historique

La rue, construite sur une des anciennes voiries de Paris, porte jusqu'en 1630 le nom « rue Neuve-Saint-Martin » d'une part et d'autre part « rue du Ponceau ». Elle prend son nom actuel à cette époque. La rue Neuve Saint-Martin était ainsi appelée dès 1421, et se retrouve parfois désignée sous le nom de rue du Mûrier ou de rue de l’Égout Saint-Martin. La rue du Ponceau, elle, a été établie sous ce nom en 1605, à l'emplacement d'un égout[5].

La rue sur le plan de Mérian (1615).

Lors des travaux de création des égouts de Paris, Eugène Belgrand confirme que le quartier a servi de voirie durant de nombreuses années à Paris : « J'ai trouvé dans la rue Notre-Dame-de-Nazareth, au fond d'une de ces fouilles, une couche épaisse d'un terreau noir et compact provenant évidemment d'un ancien dépôt de matières fécales. »[6]

La rue appartient historiquement au quartier Saint-Martin-des-Champs[7].

Vers 1726, l'architecte Nicolas Pineau, l'un des inventeurs du style rococo, rentre de la cour de Russie et s'établit dans la rue avec sa famille[8].

En 1762, la comtesse de Boufflers vient s'y établir, dans un petit hôtel particulier près de l’enclos du Temple[9]. Jusqu’en 1789, elle y tient un salon d'importance, haut lieu de l’anglomanie à Paris. Elle reçoit les encyclopédistes comme Denis Diderot, mais aussi David Hume, Grimm, l’abbé Prévost, l’abbé Morellet, Beaumarchais, et particulièrement Jean-Jacques Rousseau, avec qui elle entretient une longue relation amicale[10].

En 1791, à la faveur d'une loi favorisant la liberté des entreprises théâtrales, le Théâtre d'Émulation (puis Théâtre du Doyen)[11], récemment construit dans la rue, ouvre ses portes[2]. Il ferme dans les années 1820.

En 1805, la rue est agitée par des réunions mystérieuses au domicile du peintre Swebach-Desfontaines : « Pendant 48 heures, une main, ou plutôt cent mains invisibles ont fait pleuvoir par les fenêtres, par les cheminées, par les soupiraux de la cave, des tessons de bouteilles qui ont grièvement blessé plusieurs personnes ». Les auteurs sont vite arrêtés : ce sont des « sorciers » (en vérité un physicien et ses comparses) qui ont secoué les meubles de la maison grâce à un système électrique passant à travers le mur mitoyen[12].

Le 18 février 1851, une décision ministérielle réunit la rue Neuve-Saint-Martin à la rue Notre-Dame-de-Nazareth, qui était alors située entre la rue du Temple et la rue du Pont-Aux-Biches et l'impasse du Pont-Aux-Biches.

En 1853, Jules Michelet et sa femme rentrent de Nantes à Paris et s'installent dans la rue. C'est l'avant-dernière demeure parisienne de l'historien[13].

La synagogue Nazareth, sise au n° 15, est un exemple remarquable de la diffusion de l'orientalisme architectural à Paris dans les années 1840. Cet édifice d'Alexandre Thierry témoigne de la transition du style néo-roman vers un style inspiré par les tendances mauresques et hébraïques[14]. Il est bâti, à l'emplacement d'une ancienne synagogue en ruines, avec le concours du conseil municipal de Paris, qui vote le versement d'une aide à sa construction de cent mille francs en 1851[15]. Les ornementations, d'une rare finesse, sont rendus possibles grâce un effort financier collectif des fidèles[15].

Dès les années 1830, grande époque des passages parisiens, l'on réclame un passage traversant la rue Notre-Dame de Nazareth et la rue Meslay, pour rejoindre le boulevard Saint-Martin depuis la rue du Temple[16]. Le passage du Pont-aux-Biches et le passage des Orgues seront tous les deux percés vers 1881.

En 1930, la ville de Paris renouvelle quasiment intégralement le pavage des rues, majoritairement en bois depuis les années 1880. Un petit fragment de la rue, au niveau du porche du n° 38, résiste à cette transition vers le pavage en pierre, et constitue aujourd'hui l'un des deux derniers vestiges du pavage en bois à Paris[17].

En 1939, la station de métro Saint-Martin, qui desservait la rue[18], est fermée du fait de sa trop grande proximité avec ses voisines Strasbourg - Saint-Denis et République.

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire

Le coin de la rue Notre-Dame de Nazareth avec la rue de Turbigo.

Notes et références

  1. Eric Hazan, L'invention de Paris, Paris, Seuil, , 480 p. (ISBN 9782020685351), p. 77.
  2. Félix Lazare et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments (1re éd. 1844) (notice BnF no FRBNF32357628, lire en ligne), p. 484.
  3. J. de La Tynna, Dictionnaire des rues de Paris accompagné d'un plan de Paris, La Tynna, (lire en ligne)
  4. Jacques Jean (17-1785) Auteur du texte Pasquier et Louis (1725-1794) Auteur du texte Denis, Plan topographique et raisonné de Paris. Ouvrage utile au citoyen et à l'étranger... par les srs Pasquier et Denis, graveurs, (lire en ligne)
  5. « rue Notre-Dame de Nazareth », sur www.v2asp.paris.fr (consulté le 12 décembre 2019)
  6. Eugène Belgrand, Les Travaux souterrains de Paris, vol. 5, p. 14.
  7. Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs. - Paris, Montard 1779, Montard, (lire en ligne)
  8. Émile Biais, Les Pineau : sculpteurs, dessinateurs des bâtiments du roy, graveurs, architectes (1652-1886) : d'après les documents inédits, contenant des renseignements nouveaux sur J. Hardouin-Mansard, les Prault, imprimeurs-libraires des fermes du roy, Jean-Michel Moreau le jeune, les Feuillet, sculpteur & bibliothécaire, les Vernet, &c, Paris, Morgand, pour la Société des bibliophiles françois, (lire en ligne)
  9. Jean-Jacques Rousseau, Correspondance /Rousseau, Jean-Jacques, Th. Lejeune, (lire en ligne)
  10. Marguerite Glotz et Madeleine Maire, Salons du XVIIIe siècle, Paris, Nouvelles Éditions Latines, , 341 p. (ISBN 978-2-72330-909-7, lire en ligne).
  11. André Tissier, Les spectacles à Paris pendant la Révolution: répertoire analytique, chronologique et bibliographique, Librairie Droz, (ISBN 978-2-600-03685-6, lire en ligne)
  12. Annonces et avis divers du département de l'Escaut, de Goesin-Verhaeghe, (lire en ligne)
  13. Direction des archives de France, Michelet: sa vie, son oeuvre, 1798-1874, Hotel de Rohan, (lire en ligne)
  14. « SYNAGOGUE - Encyclopædia Universalis », sur www.universalis.fr (consulté le 12 décembre 2019)
  15. Archives israélites de France, Bureau des Archives Israélites de France, (lire en ligne)
  16. Antoine-Nicolas Béraud et Pierre-Joseph-Spiridion Dufey, Dictionnaire historique de Paris,..., J.-N. Barba, (lire en ligne)
  17. « Un passage industriel au singulier détail », sur Paris ZigZag | Insolite & Secret (consulté le 12 décembre 2019)
  18. « Plan de Paris », sur Gallica, (consulté le 16 décembre 2019)
  19. Zone Bourse, « XILAM ANIMATION : le Groupe Xilam s'installe au 86-90 rue Notre-Dame de Nazareth 75003 PARIS | Zone bourse », sur www.zonebourse.com (consulté le 1er novembre 2019).

Sources

  • Isabelle Dérens, Le Guide du promeneur. 3e arrondissement, Paris, Éditions Parisgramme, 1994.
  • Eric Hazan, L'invention de Paris, Paris, Seuil, .
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