Sara Banzet

Sara Banzet (née le à Belmont et morte le dans le même village) est l'inventrice du « poêle à tricoter », accueil de jeunes enfants qui préfigure l'école maternelle. Elle fut une collaboratrice du pasteur Oberlin, qui reprit et développa son initiative.

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Sara Banzet
Biographie
Naissance
Décès
(à 28 ans)
Belmont
Activité

Enfance et formation

Belmont en 1837.

Sara Banzet naît en 1745 au village de Belmont dans ce qui est alors la seigneurie du Ban de la Roche, dans une famille de paysans. Servante de l’épouse du pasteur Jean Georges Stuber à Waldersbach au Ban de la Roche, elle est le témoin des efforts de son maître pour améliorer la condition de ses paroissiens en particulier au plan de l’éducation.

Le Ban de la Roche est situé dans un milieu de montagne impropre à l'agriculture ; Belmont est la commune la plus élevée de l'actuel département du Bas-Rhin ; à l'époque de Sara Banzet, la vie y est problématique et la misère permanente. Les villages sont très isolés pendant les mois d'hiver. Madame Stuber organise des cours de tricot pour les femmes et jeunes filles, pour améliorer les revenus des villageois ; c'est là que Sara apprend à tricoter[1].

La seule instruction primaire dispensée est celle d'instituteurs engagés par le pasteur. Sara a toutefois la chance que son enfance corresponde majoritairement aux années de ministère de Jean-Georges Stuber (1750-1754, puis 1760-1767), lui-même un pionnier de l'éducation, qui recrute des instituteurs compétents (dont Jacques Claude, lointain cousin de Sara) et améliore les performances de l'étude de la lecture grâce à son Alphabet méthodique. Stuber a aussi composé à destination de ses paroissiens une petite bibliothèque de prêt, mettant à disposition une centaine de livres[1].

L’inventrice de l’école maternelle

L'ancien poêle, aujourd'hui dans le musée Jean-Frédéric Oberlin.
Plan de la maison-école de Belmont, dressé par le pasteur Oberlin, avec la localisation du poêle.
Louise Scheppler à 22 ans (silhouette découpée par le pasteur Oberlin).

Stuber a fait beaucoup pour l’éducation en général, mais c’est Sara elle-même qui, à la suite d'une suggestion formulée par Jean-Frédéric Oberlin à Stuber, à l'automne 1766, à propos du rôle que pourraient jouer les femmes dans l'enseignement aux tout petits, prend, au printemps 1767, l’initiative de réunir autour d’elle à Belmont de très jeunes enfants, et de leur donner un enseignement adapté à leur âge[2] : chansons, mots nouveaux, observation des plantes, histoires tirées de la Bible. On apprend en tricotant dans la seule salle chauffée de sa maison, appelée le « poêle » en langage local[3]. Ceux des enfants qui le peuvent apportent une bûche. Le « poêle à tricoter » de Sara Banzet est donc la première école maternelle[4]. Sara en est la véritable inventrice, même si son initiative est ensuite approuvée et soutenue, tant par le pasteur Stuber que par le pasteur Jean-Frédéric Oberlin, qui lui succède en cette même année 1767[5].

Apprenant que Sara enseigne le tricot aux enfants de son village, dès 1769, Oberlin loue des locaux pour accueillir les enfants et engage de nouvelles « conductrices de la tendre jeunesse », encadrées par Sara Banzet, Louise Scheppler et Anne-Catherine Gagnière[5]. Sara Banzet officie bénévolement au début, puis, pour amadouer son père qui se plaint qu'elle perd son temps, Oberlin l'engage officiellement avec une petite rémunération.

Les « poêles à tricoter », qui apportent un enseignement précoce aux enfants tout en permettant à leurs mères de gagner leur vie, deviennent un élément fondamental de l’œuvre pédagogique, sociale et humaine du pasteur Oberlin[6].

Sara Banzet, dont il n'existe aucune représentation, meurt à l'âge de 28 ans en 1774[4].

Dans la littérature

La vie et l'œuvre de Sara Banzet sont le sujet d'un roman d'Olympia Alberti[7], sous forme d'un journal fictif de l'héroïne[8].

Notes et références

Références

  1. Loïc Chalmel, La petite école dans l'école: origine piétiste-morave de l'école maternelle française, p. 101-102
  2. Alberti 2017.
  3. Solange Hisler, Jean-Claude Gonon, Bernard Keller, Gustave Koch, Pierre Moll, Edmond Stussi, Léon Daul, Lire Jean-Frédéric Oberlin : Cahier Langue et Culture Régionales numéro 16, Canopé Académie de Strasbourg, (ISBN 978-2-86636-439-7, lire en ligne), p. 8 et 28.
  4. Lienhard 2016-2017.
  5. Loïc Chalmel, La petite école dans l'école : Origine piétiste-morave de l'école maternelle française, Berne, Peter Lang, coll. « Exploration : Education: histoire et pensée » (no 101), , 328 p. (ISBN 9783039104697 et 3039104691, lire en ligne), p. 167.
  6. Claude Keiflin, « Un musée pour l'inventeur des « poêles à tricoter » », sur La Croix, (consulté le 30 juin 2019).
  7. Olympia Alberti, Les enfants reviendront après l'Épiphanie, ou Le petit cahier de Sara Banzet, Le Verger éditeur, , 64 p.
  8. Olympia Alberti, « Il faudrait des conductrices de la tendre jeunesse », sur leoffdesauteurs.fr, (consulté le 13 février 2020).

Voir aussi

Bibliographie

  • Loïc Chalmel, La petite école dans l'école: origine piétiste-morave de l'école maternelle française, Peter Lang, (ISBN 978-3039104697, lire en ligne)
  • Johann Georg Stuber présenté par Johann Wilhelm Baum, éditions Oberlin
  • Marc Lienhard, « Sara Banzet a “inventé” les écoles maternelles  », Les Saisons d'Alsace, vol. hors-série « Des femmes qui œuvrent sur le plan religieux, social, culturel voire politique », hiver 2016-2017, p. 57.
  • Edmond Stussi, Les “conductrices” du Ban-de-la-Roche : Sara Banzet et Louise Scheppler aux origines de l'école maternelle française, Musée Jean-Frédéric Oberlin, ID l'édition, Bernardswiller, 2015, 39 p. (ISBN 978-2-36701-061-8)

Articles connexes

Liens externes

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