Sultan d'Égypte

Sultan d'Égypte était le titre porté par les dirigeants égyptiens après l'établissement de la dynastie ayyoubide de Saladin en 1174 jusqu'à la conquête ottomane de l'Egypte en 1517. Bien que l'étendue du sultanat égyptien ait régressé, il incluait généralement le Levant et le Hedjaz, ce qui a valu aux sultans ayyoubides et plus tard aux sultans mamelouks l'appellation de « sultans de Syrie ». A partir de 1914, le titre fut à nouveau utilisé par les chefs de la dynastie des Alaouites, avant d'être remplacés par le titre de « roi d'Egypte et du Soudan » en 1922.

Peinture en 1779 d'un conseiller du Sultan d'Egypte pendant la période mamelouke

Dynastie ayyoubide

Avant l'avènement de Saladin, l'Égypte était le centre du califat chiite fatimide, la seule période de l'histoire islamique où un califat était dirigé par des membres de la branche chiite de l'islam. Les Fatimides cherchaient depuis longtemps à supplanter complètement le califat abbasside sunnite basé en Irak et, comme leurs rivaux abbassides, ils prirent également le titre de Calife, représentant leur revendication du statut le plus élevé au sein de la hiérarchie islamique. Cependant, avec l'accession au pouvoir de Saladin en 1169, l'Egypte revient dans le giron sunnite. Reconnaissant le calife abbasside comme son suzerain, Saladin prend le titre de sultan en 1174.

Dynasties mamelouks

En 1250, les Ayyoubides sont renversés par les Mamelouks, qui installent la dynastie des Baharites et dont les dirigeants prennent également le titre de sultan. Parmi les sultans baharites les plus notables figurent Qutuz, qui a vaincu l'armée mongole de Hulagu à la bataille d'Ain Jalut, et Baibars, qui reprend les derniers vestiges du royaume croisé de Jérusalem. Les Baharites sont plus tard renversés par un groupe mamelouk rival, qui a établi la dynastie de Burjites en 1382.

Sultanat ottomans et Khédivat autonome

La conquête ottomane de l'Egypte en 1517 met fin au sultanat égyptien, et l'Égypte est désormais une province de l'Empire ottoman. Il marque également la fin du califat abbasside, lorsque les Ottomans s'emparent du calife Al-Mutawakkil III et le forcent à abandonner le titre au profit du sultan ottoman Sélim Ier. Les Ottomans accordent peu d'intérêt aux affaires égyptiennes, et les Mamelouks regagnent rapidement la plus grande partie de leur pouvoir en Égypte. Cependant, ils restent vassaux du sultan ottoman et leurs chefs doivent se contenter du titre de Bey.

En 1523, Ahmed Pacha, gouverneur ottoman de l'Égypte se proclame sultan d'Égypte et indépendant de l'Empire ottoman. Il frappe ses propres pièces de monnaie pour légitimer son règne, mais peu de temps après, les forces ottomanes de Pargalı Ibrahim Pacha le capturent et l'exécutent. Ibrahim Pacha assurent ensuite le poste de gouverneur jusqu'à ce qu'il trouve un remplaçant plus fidèle, Hadim Suleiman Pacha.

Après la défaite de Napoléon Ier en 1801, Méhémet Ali s'empare du pouvoir, écarte les Mamelouks et se proclame souverain d'Égypte. En 1805, le sultan ottoman Selim III le reconnait à contrecœur comme Wāli sous la suzeraineté ottomane. Muhammad Ali, cependant, se considère lui-même comme khédive, et bien que techniquement vassal de l'Empire ottoman, il gouverne l'Égypte comme s'il s'agissait d'un état indépendant. Cherchant à rivaliser avec le sultan ottoman et finalement à le supplanter, Méhémet Ali met en place un programme de modernisation et de militarisation rapide, et étend les frontières de l'Egypte vers le sud au Soudan et vers le nord en Syrie. Finalement, il fait la guerre à l'Empire ottoman avec l'intention de renverser la dynastie Osman au pouvoir et de la remplacer par la sienne. Bien que l'intervention des Grandes Puissances ait empêché Méhémet Ali de réaliser ses ambitions, obligeant l'Égypte à rester techniquement partie de l'Empire ottoman, l'Égypte survit à sa mort, la Sublime Porte reconnaissant la dynastie de Méhémet Ali comme souverains héréditaires du pays.

Hussein Kamel, sultan d'Égypte, 1914–1917.

Le petit-fils de Muhammad Ali, Ismaïl Ier, accède au trône en 1863 et se met immédiatement à réaliser les objectifs de son grand-père, mais de manière moins conflictuelle. Cette montée de la puissance égyptienne, combinée à la la corruption au sein de l'empire ottoman conduit le sultan ottoman Abdulaziz à reconnaître officiellement le souverain égyptien comme Khédive en 1867. Alors qu'Ismail étend les frontières de l'Egypte en Afrique, l'Empire ottoman continue de se désintégrer. Ismaïl Ier envisage de réaliser l'indépendance formelle de l'Egypte, et même d'utiliser l'ouverture du canal de Suez en 1869 pour se déclarer sultan d'Egypte. Mais il en est empêché par la pression des grandes puissances, qui craignent les conséquences d'une nouvelle désintégration du pouvoir ottoman. En fin de compte, le règne d'Ismail s'est soldé par un échec, en raison des importantes dettes dues à ses projets ambitieux. La pression européenne et ottomane l'oblige à abdiquer en 1879 et au profit de son fils Tewfik, beaucoup plus souple. La révolte d'Orabi qui s'ensuit fait que la Grande-Bretagne envahit l'Egypte en 1882 à l'invitation de khédive Tewfik et commença son occupation du pays pendant plusieurs décennies.

Restauration du sultanat

Armoiries du sultan d'Égypte (1914–1922)

À partir de 1882, le statut de l'Égypte devient totalement ambiguë : officiellement, elle est une province de l'Empire ottoman, semi-officiellement c'est un état pratiquement indépendant avec sa propre dynastie, ses forces armées et ses possessions territoriales au Soudan, et pratiquement c'est une marionnette sous contrôle britannique. La fiction juridique de la souveraineté ottomane en Égypte prend finalement fin en 1914 lorsque l'Empire ottoman rejoint les Empires centraux durant la Première Guerre mondiale. Redoutant que le khédive Abbas II, anti-britannique, se range du côté des Ottomans, les Britanniques le déposent en faveur de son oncle Hussein Kamel et déclarent l'Égypte sous protectorat britannique. Symbolisant la fin officielle de la domination ottomane, Hussein Kamel prend le titre de Sultan, tout comme son frère Fouad Ier qui lui succède en 1917, bien que l'Égypte reste de fait sous domination britannique. Hussein Kamel et Fouad ont maintenu la revendication égyptienne au Soudan, les nationalistes égyptiens déclarant à leur tour qu'ils étaient « Sultans d'Egypte et du Soudan ».

La colère nationaliste grandissante face à l'occupation britannique force la Grande-Bretagne à reconnaître formellement l'indépendance égyptienne, en 1922. Le titre de Sultan est abandonné et remplacé par celui de Roi. Le leader nationaliste Saad Zaghloul, plus tard exilé par les Britanniques, soutient que c'est parce que les Britanniques refusent de reconnaître un souverain égyptien qui aurait préséance face à leur propre roi (dans la hiérarchie des titres, le sultan, comme le shah en Iran, est comparable à l'empereur, étant un souverain qui ne reconnaît aucun supérieur laïque). Une autre raison invoquée pour le changement de titre est qu'elle reflète la sécularisation croissante de l'Égypte à l'époque, alors que le sultan a des connotations religieuses, ce qui n'est pas le cas du mot arabe pour roi, « malik ».

Après avoir renversé Farouk Ier, le fils de Fouad Ier, lors de la révolution égyptienne de 1952, les officiers envisagent brièvement de reconnaître son fils Sultan pour renforcer la souveraineté égyptienne sur le Soudan et démontrer leur rejet de l'occupation britannique. Mais les révolutionnaires avaient déjà décidé d'abolir la monarchie égyptienne après une brève période de consolidation de leur emprise sur le pouvoir, ils décident finalement que ce serait inutile. L'année suivante, le , le gouvernement révolutionnaire abolit officiellement la monarchie et l'Égypte devient une république.

Liste des sultans

Dynastie ayyoubide

Dates   Lien
11721193 Saladin
11931198 Malik al-Aziz[1] fils du précédent
11981200 Malik al-Mansour[2] fils du précédent
12001218 Al-Adil[2] frère de Saladin
12181238 Al-Kamil[3] fils du précédent
12381240 Al-Adil II[4] fils du précédent
12401249 Al-Salih Ayyoub[4] frère du précédent
12491250 Tûrân Châh[5] fils du précédent

Dynastie Baharite

Dates[6]   Lien
12501257 Chajar ad-Durrveuve de l'ayyoubide As-Sâlih Ayyûb
Al-Muizz Izz ad-Dîn Aybaksecond époux de Chajar ad-Durr
12571259 Al-Mansur Nur ad-Dîn Alifils d'Aybak
12591260 Al-Muzaffar Sayf ad-Dîn Qutuzmamelouk d'Aybak[7]
12601277 Baybarsmamelouk d'As-Sâlih Ayyûb
12771279 As-Said Nâsir ad-Dîn Baraka Khanfils de Baybars
1279 Al-Adil Badr ad-Dîn Salamishfils de Baybars
12791290 Qala'unmamelouk d'As-Sâlih Ayyûb
12901293 Al-Achraf Salâh ad-Dîn Khalilfils de Qala'un
12931295 An-Nâsir Muhammadfils de Qala'un
12951297 Kitbughamamelouk de Qala'un
12971299 Lajinmamelouk d'Al-Mansur Nur ad-Dîn Ali puis de Qala'un[8]
12991309 An-Nâsir Muhammad 
1309 Al-Muzaffar Rukn ad-Dîn Baybars al-Jashankirmamelouk de Qala'un
13091341 An-Nâsir Muhammad 
1341 Al-Mansûr Sayf ad-Dîn Abu-Bakrfils d'An-Nâsir Muhammad
13411342 Al-Achraf Ala ad-Dîn Kûjukfils d'An-Nâsir Muhammad
1342 An-Nâsir Shihab ad-Dîn Ahmadfils d'An-Nâsir Muhammad
13421345 As-Sâlih `Imâd ad-Dîn Ismâ`îlfils d'An-Nâsir Muhammad
13451346 Al-Kâmil Sayf ad-Dîn Shabanfils d'An-Nâsir Muhammad
13461347 Al-Muzaffar Sayf ad-Dîn Hâjjîfils d'An-Nâsir Muhammad
13471351 An-Nâsir Badr ad-Dîn Abû al-Ma`âlî al-Hasanfils d'An-Nâsir Muhammad
13511354 As-Sâlih Salâh ad-Dîn Sâlihfils d'An-Nâsir Muhammad
13541361 An-Nâsir Badr ad-Dîn Abû al-Ma`âlî al-Hasan 
13611363 Al-Mansûr Salâh ad-Dîn Muhammadfils de Sayf ad-Dîn Hâjjî
13631376 Al-Achraf Zayn ad-Dîn Chabânpetit-fils d'An-Nâsir Muhammad
13761382 Al-Mansûr Alâ ad-Dîn Alifils de Zayn ad-Dîn Chabân
1382 As-Sâlih Zayn ad-Dîn Hajjifils de Zayn ad-Dîn Chabân
13821389 Az-Zâhir Sayf ad-Dîn Barquqmamelouk de Yalbogha al-`Umari
qui était le tuteur d'Alâ ad-Dîn Ali
1389 As-Sâlih Zayn ad-Dîn Hajji 
13891399 Az-Zâhir Sayf ad-Dîn Barquq 

Dynastie Burjite

Dates   Lien
13821389Az-Zâhir Sayf ad-Dîn Barquq 
1389As-Sâlih Zayn ad-Dîn Hajjifils d'Al-Achraf Zayn ad-Dîn Chabân
13891399Az-Zâhir Sayf ad-Dîn Barquq 
13991405An-Nâsir Farajfils de Barquq
1405Al-Mansûr Abd al-Azîzfils de Barquq
14051412An-Nâsir Faraj 
1412Al-Musta`infils du calife Al-Mutawakkil Ier
14121421Al-Muayyad Chaykh al-Muhammudimamelouk de Barquq
1421Al-Muzaffar Ahmadfils de Chaykh al-Muhammudi
1421Az-Zâhir Sayf ad-Dîn Tatarmamelouk de Barquq
14211422Al-Sâlih Nâsir ad-Dîn Muhammadfils de Tatar
14221438Barsbaymamelouk de Barquq
1438Al-Azîz Jamal ad-Dîn Yusuffils de Barsbay
14381453Jaqmaqmamelouk de Barquq, atabeg de Barsbay
1453Al-Mansûr Fakhr ad-Dîn `Uthmanfils de Jaqmaq
14531460Inalmamelouk de Barquq
1460Al-Muyyad Chihab ad-Dîn Ahmadfils d'Inal
14601467Khuchqadammamelouk de Chaykh al-Muhammudi
14671468Bilbay 
1468Timurbugha 
14681496Qaitbaymamelouk de Jaqmaq
14961498An-Nâsir Muhammadfils de Qaitbay
14981500Az-Zâhir Qânsûhmamelouk de Qaitbay
15001501Al-Achraf Janbalat 
1501Al-Adil Tuman Bay 
15011516Qânsûh Al-Ghûrîmamelouk de Qaitbay
15161517Al-Achraf Tuman Bay 

Dynastie Alaouite

Dates   Lien
19141917Hussein Kamal
19171922Fouad Ierfrère du précédent


Références

  1. René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - III. 1188-1291 L'anarchie franque, Paris, Perrin, (réimpr. 2006), 902 p., p. 174-8.
  2. Grousset 1936, p. 198.
  3. Grousset 1936, p. 246.
  4. Grousset 1936, p. 385-7.
  5. Grousset 1936, p. 457 et 492-3.
  6. Date de règne d'après (en) Clifford Edmund Bosworth, op. cit. (lire en ligne), « The Baḥrī line 648-792/1250-1390 », p. 76
  7. (en) Hamilton Alexander Rosskeen Gibb, The Encyclopaedia of Islam, Brill Archive (ISBN 9004067612, lire en ligne), « Kutuz », p. 571
  8. (en) Hamilton Alexander Rosskeen Gibb, The Encyclopaedia of Islam, Brill Archive (ISBN 9004067612, lire en ligne), « Lâdjîn », p. 594
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