Symphonie nº 5 (Bruckner)

La symphonie n° 5 en si bémol majeur, WAB 105, est écrite dans une des périodes les plus sombres de l'existence d'Anton Bruckner. Il commence l'« Adagio » le 14 février 1875. La première rédaction de l'ensemble de la symphonie est achevée le 16 mai 1876. Cependant en 1877, il relit trois fois de suite le « Finale », reprend le premier mouvement et révise l'« Adagio ». Ce n'est que le 4 janvier 1878 que la cinquième symphonie est terminée et dédiée à l'un de ses protecteurs : le ministre de l'éducation, Karl Ritter von Stremayr, à qui il doit sa nomination à l'université.

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Symphonie nº 5

Bruckner en 1889 par Ferry Bératon (Wien Museum Karlsplatz).

Genre Symphonie
Musique Anton Bruckner
Durée approximative env. 80 minutes
Dates de composition de à
Dédicataire Karl Ritter von Stremayr
Partition autographe Bibliothèque nationale autrichienne à Vienne
Création
à Graz Autriche-Hongrie
Interprètes Orchester der Vereinigten Bühnen dirigé par Franz Schalk

Cette composition culmine d'audace combinatoire et apparaît, outre qu'elle est le premier grand sommet de son œuvre antérieure, comme une somme : Bruckner semble avoir transposé l'esprit de Bach dans la symphonie et l'a désigné lui-même comme son « chef-d'œuvre de contrepoint »[1],[2], à cause de la performance du Finale. La compréhension de cette symphonie ne nécessite aucune analyse minutieuse de sa forme. « Même le non-croyant comprendra qu'une telle œuvre n'aurait pu voir le jour sans cette foi chrétienne inébranlable qui fortifiait Bruckner dans les situations d’extrême désespoir[3]. » Bruckner – qui n'a jamais pu entendre sa partition – surnommait cette symphonie sa « Fantastique »[4].

Fiche technique

Composition : février 1875 – mai 1877 à Vienne (Autriche)

Dédicace : « à Karl Ritter von Stremayr », ministre de l'éducation et protecteur de Bruckner, à qui il devait sa nomination à l'université[5].

Première audition : 9 avril 1894 à Graz sous la direction de Franz Schalk. Bruckner, malade, n'y assista pas.

Durée d'exécution : 75-80 minutes

La symphonie est en quatre mouvements :

  1. Adagio, Allegro moderato
  2. Adagio : sehr langsam
  3. Scherzo : molto vivace
  4. Finale : adagio, allegro moderato

Effectif orchestral : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons; 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, 1 tuba (ajouté en 1877), timbales, les cordes

Versions et éditions

Contrairement à d'autres symphonies de Bruckner, la Cinquième n'a connu qu'une seule version interprétée par son élève, le chef d'orchestre Franz Schalk qui a remanié l'œuvre (1892-1894) en pratiquant d'énormes coupures et qui la présente pour la première fois à Graz et qui sert de base à l'édition Doblinger. En décembre 1895, une autre édition de la version Schalk est faite sous la direction du chef d'orchestre autrichien, Ferdinand Löwe à Budapest. Il faudra attendre 1935 pour obtenir la version authentique de la symphonie.

La version autographie est conservée à la Bibliothèque nationale de Vienne.

Éditions

Mouvements

I. Adagio, allegro moderato

La partie principale du premier mouvement est un mouvement sonate avec une exposition, un développement et une réexposition. La tonalité de l'ensemble est symétrique

Après une introduction lente,

Introduction.

les pizzicati solennels des basses soutiennent un canon furtif. Soudain, on frémit au fortissimo unisono des fanfares de l'orchestre à peu près dans son ensemble. Quand le choral déploie toutes ses forces commence l’Allegro introduit par le trémolo des cordes : les violons bourdonnent ; clarinettes, altos et violoncelles hésitent puis lancent à l'unisson leur cri qui évolue vers un tutti ; c'est le premier thème :

Premier thème.

Mais cette force recule devant le choral des cordes aux modulations suaves ; c'est le second thème :

Second thème.

Un troisième thème est donné à la flûte, à la clarinette et au hautbois expressivo. Une lutte intérieure s'instaure, et le choral aux instruments à vent décide de l'issue du combat. À la reprise, les différents thèmes sont représentés. Les pizzicati solennels aux basses entendus à l'introduction marquent le début de la partie finale de ce mouvement où les fanfares de l'introduction et le premier thème s'en donnent à cœur joie.

II. Adagio : sehr langsam (ré mineur)

Le deuxième mouvement en forme de lied (A–B–A’–B’–A’’). Le premier groupe thématique offre aux bois à vent un chant simple, religieux et désolé, sous-tendu par un accompagnement aux cordes en pizzicato, qui est suivi par une descente en septièmes.

Premier thème.

Le deuxième groupe thématique est une sorte de marche religieuse que les violons jouent largo assai sur la corde de sol. Lors de la dernière partie, la reprise du premier groupe thématique est interrompue à deux reprises par une « échelle céleste »[6] – que le compositeur reprendra dans la coda de la version 1880 de la quatrième symphonie.

Second thème.

III. Scherzo : molto vivace (ré mineur)

On peut l'appeler tout simplement bal champêtre ; le ton mineur invite à la méditation. Les cordes transforment rapidement le rythme de l'adagio en un rythme de danse.

Premier thème.

Ce que les bois donnent à l'unisson et en antithèse présentent une consonance peu engageante, malgré le crescendo qui tente de forcer l'atmosphère. Une valse lente (propre à l'Autriche), confiée aux premiers et seconds violons molto piu lent réussit à créer un meilleur climat. Puis, on écoute alternativement la danse rapide et cette valse ; la danse perd de plus en plus sa mélancolie pour devenir joyeuse et la valse lente s'évanouit.

Second thème.

Le trio (allegretto) se présente comme une agréable danse à roulades malgré les dissonances du cor. Il utilise un double thème :

Double thème du trio.

IV. Finale. adagio, allegro moderato

Le dernier mouvement est une combinaison grandiose d'une sonate fuguée avec la reprise de thèmes mélangés avec des motifs isolés de tous les mouvements. C'est le plus large finale (635 mesures) avec celui de la huitième (747 mesures)[7],[8].

Le finale répète l'introduction lente. Des appels de clarinettes, brefs et inquiétants s'entendent au loin. Les instruments à vent engagent les premiers contacts, une courte citation du début de l'adagio y fait suite (second mouvement) ; dans les basses des cordes gronde l'attaque du premier thème construit comme une fugue. Les violons opposent un second thème d'où naît un épisode semblable à la Siegfried-Idyll de Richard Wagner. Brusquement, le premier thème s'élance en un unisson puissant soutenu par les cordes puis est repoussé.

Premier thème.

Un choral allegro assai misterioso, qui rappelle l'Amen de Dresde[9], ouvre le somptueux développement, une fantaisie fuguée dans laquelle le choral s'oppose au thème d'attaque. Après une courte reprise à la fin de laquelle réapparaît le thème initial du premier mouvement, une imposante coda reprend le choral avec en contrepoint le thème d'attaque et le thème initial.

Troisième thème (choral).

Discographie sélective

Édition Doblinger (1896)

  • Hans Knappertsbusch avec la Philharmonie de Vienne, Universal Classics UCCD 9201, 1956
  • Leon Botstein avec le Philharmonie de Londres, Telarc 80509, 1998
  • Warren Cohen avec le Musica Nova Orchestra, Musica Nova CD, 2016
  • Hun-joung Lim avec l'Orchestre Symphonique de Corée, Decca CD Set DD 41143, 2016

Édition Haas (1935)

Parmi les nombreux enregistrements de cette édition, en voici une sélection :

Certains de ces chefs, comme Karajan, l'ont enregistrée plusieurs fois.

Édition critique de Nowak (1951)

Parmi les nombreux enregistrements de cette édition, en voici une sélection :

Certains de ces chefs, parmi lesquels Eugen Jochum, ont réalisé plusieurs enregistrements de la symphonie.

Concepts originaux (1875-1877)

En 1997 une première tentative de reconstruction des concepts originaux du Finale (Ed. Carragan) a été enregistrée par Shunsaku Tsutsumi[11].

En 2008, Takanobu Kawasaki a tenté de reconstituer les concepts originaux (1875–1877) à partir des manuscrits Mus.Hs.19.477 et Mus.Hs.3162 de la Bibliothèque Nationale d’Autriche. Ces concepts ont été enregistrés par Akira Naito. Selon John F. Berky, « c'est le meilleur enregistrement actuellement disponible des premières idées que Bruckner avait eues de cette gigantesque symphonie[12]. »

Dans ces concepts originaux la symphonie est sans tuba et les instruments à cordes jouent un rôle plus important. Le tempo des introductions lentes des premier et quatrième mouvements et du deuxième mouvement est noté Alla breve, c’est-à-dire notablement plus rapide que dans la version de 1878.

  • Shunsaku Tsutsumi avec le Shunyukai Symphony Orchestra, Shunyukai CD SYK-009, 1997
  • Akira Naito avec le Tokyo New City Orchestra, Delta Classics DCCA-0060, 2008

Notes et références

  1. « C'est ce que j'ai fait de mieux en matière de contrepoint. » cité par Candé 2000, p. 217.
  2. Langevin 1977, p. 150.
  3. Wolfgang Siefert, livret du disque Bruckner, Symphonie no 5, Orchestre philharmonique de Berlin, dir. Günter Wand (12-14 janvier 1996, RCA 09026 68503 2) p. 35.
  4. Höweler 1958, p. 118.
  5. Candé 2000, p. 215.
  6. Langevin 1977, p. 25.
  7. Candé 2000, p. 216.
  8. Langevin 1977, p. 154.
  9. (en) William Carragan : Bruckner’s Hymnal.
  10. « La grande version historique [de cette symphonie], l'un des plus bouleversants témoignages de l'histoire du disque. » Stéphane Friédérich, « Écoute en aveugle : La « 5e symphonie » d'Anton Bruckner », Classica, Paris, no 143, , p. 61. (ISSN 1966-7892)
  11. Symphony No. 5 in B Flat Major, 1876 Version
  12. Symphony No. 5 (Original Concepts) by Akira Naito

Sources

Liens externes

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