Wangari Muta Maathai

Wangari Muta Maathai, née Wangari Muta et surnommée la femme qui plantait des arbres, née le à Ihithe (Colonie du Kenya) et morte le à Nairobi (Kenya), est une biologiste, professeure d'anatomie en médecine vétérinaire et militante politique et écologiste.

Pour les articles homonymes, voir Muta.
Wangari Maathai
Wangari Maathai en 2006.
Nom de naissance Wangari Muta
Naissance
Ihithe, Région centrale,
Colonie britannique du Kénya
Décès


Nairobi, Kenya

Raison de son décès = Cancer de l’ovaire
Nationalité  Kényane
Profession
Autres activités
Formation
Distinctions
Conjoint
Mwangi Mathai (divorce : en 1978)
Descendants
Waweru, Wanjira et Muta

Le , elle reçoit le prix Nobel de la paix pour « sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix » suite à son engagement contre la déforestation du Kenya. C’est la première femme africaine à recevoir cette distinction.

Biographie

Wangari Maathai est élevée dans les White Highlands (en) au centre du Kenya. Ses parents, du peuple kikuyu, sont des fermiers qui luttent pour la subsistance de leur tribu. Étant l'aînée d'une famille de six enfants, elle s'occupe de la majorité des tâches ménagères de la maisonnée. En 1948, grâce à la volonté de sa mère, Wangari Maathai entre à l'école primaire de Ihithe (Ihithe Primary School), alors que très peu de filles y accèdent[1].

Puis elle suit des études secondaires au Couvent Loreto, une école de filles de Limuru. En 1959 elle obtient son baccalauréat et en 1960 elle obtient une bourse du Students Airlifts Programme[1]. Cette bourse, mise en place par Tom Mboya en collaboration avec l'African-American Students Foundation, permet à des étudiants kényans de terminer leurs études dans des universités américaines[2].

Elle devient ainsi, en 1964, la première femme d'Afrique de l'Est à obtenir une licence en biologie puis un doctorat[3] au Mount Saint Scholastica College à Atchison, dans le Kansas. Elle poursuit ses études à Pittsburgh en Pennsylvanie jusqu’en 1966, année où elle retourne chez elle pour une brève période, avant de s'envoler pour l'Allemagne, où elle a obtenu un emploi à l'université de Munich. Elle rejoint ensuite l'Université de Nairobi pour travailler en médecine vétérinaire comme assistante de recherche auprès du Professeur Reinhold Hofmann et y obtient, en 1971, son Ph.D. (doctorat). Elle enseigne dès lors l'anatomie vétérinaire et devient par la suite doyenne de la faculté. En 2002, elle est professeure invitée au Global Institute of Sustainable Forestry de l'université Yale (Yale School of Forestry & Environmental Studies (en)).

Elle est membre honoraire du Club de Rome[4].

Elle meurt le à l'hôpital de Nairobi, des suites d'un cancer[5],[6]. Son corps est mis dans un cercueil confectionné en bambou et en fibres de jacinthe, pour respecter la demande qu'elle avait faite à sa famille de ne pas couper un arbre pour fabriquer son cercueil. Le jour de la cérémonie, un arbre fut planté par ses enfants et petits enfants en présence de centaines de personnes, au Uhuru Park (Parc de la Liberté en Swahili) à Nairobi, que Wangari Maathai avait sauvé de la destruction en mettant en échec un projet de gratte-ciel que le régime autoritaire de l'ancien président Daniel arap Moi voulait construire à cet endroit[7].

Militantisme et vie politique

Green Belt Movement

Wangari Maathai fonde en 1977 le Mouvement de la ceinture verte (Green Belt Movement)[8], en réaction au phénomène de déforestation et d'érosion des sols, et en étroite collaboration avec les femmes des villages kenyans. En effet au Kenya, ce sont les femmes qui sont chargées de collecter le bois pour alimenter le foyer et le fourrage pour les animaux. Or avec la déforestation, ces ressources se raréfient, obligeant les femmes à parcourir des distances de plus en plus grandes. Les plantations d'arbres, véritables ceintures vertes autour des villes et des villages, ont donc pour but de répondre à ce problème quotidien des femmes kényanes.

À l'époque, Maathai commence par planter sept arbres le jour de la Terre, en l'honneur des femmes engagées dans le mouvement environnementaliste kényan. Les femmes sont ensuite placées au centre du processus, et le sont encore aujourd'hui, restant responsables de la gestion de leurs plantations. Ce mouvement a permis de planter plus de cinquante millions d'arbres[9].

Maathai est parfois affectueusement surnommée « la femme des arbres » (tree woman). Elle est active aussi bien dans le domaine de l'environnement que dans celui des droits des femmes.

Engagement politique

En 1977, elle est membre du Maendeleo Ya Wanawake Organization (Conseil national des femmes du Kenya)[9].

En 1997, les deuxièmes élections multipartites sont marquées par des violences ethniques. Maathai avait posé sa candidature pour la présidence du Kenya mais son propre parti l'avait retirée avant même de lui en parler, et elle échoue aussi à se faire élire au Parlement. Sous la présidence de Daniel Arap Moi, elle est emprisonnée plusieurs fois (notamment, en 1991, où elle est libérée sous caution grâce au soutien d'Amnesty International) et violemment attaquée pour avoir demandé des élections multipartites, la fin de la corruption et de la politique tribale.

Renommée internationale

Sa renommée mondiale est acquise lors de son opposition au projet pour la construction de la maison luxueuse d'Arap Moi, projet abandonné grâce à son action. En effet, la construction de cette propriété impliquait d'abattre des arbres sur plusieurs acres de terre. Elle continue à défendre les forêts kényanes et la démocratie au péril de sa vie ou de sa liberté. Elle prône l'utilisation constante de la non-violence et des manifestations populaires avec l'aide des organisations internationales. Elle participe à des groupes onusiens et connaît personnellement Kofi Annan, ancien secrétaire des Nations unies.

Barack Obama, alors sénateur américain, en compagnie de Wangari Maathai pour la plantation d'un arbre au parc Uhuru de Nairobi, le 28 août 2006.

Militante écologiste, elle fonde le Parti vert Mazingira (en) en 2003. Ce parti est affilié à la fédération des Partis verts d'Afrique et aux Verts Mondiaux. Elle est élue au parlement kényan en décembre 2002, avec 98 % des voix[10]. C'est à peu près en même temps que Mwai Kibaki remporte l’élection présidentielle face à Arap Moi. Le nouveau président la nomme, en janvier 2003, ministre-adjointe à l'Environnement, aux Ressources naturelles et à la faune sauvage[10], un an plus tard, elle reçoit le prix Nobel de la paix et fonde une ONG de femmes contre la déforestation. Elle incite l'Afrique à "ignorer le modèle des pays occidentaux" pour trouver des voies vertes de développement.[3]

En 2006, elle reçoit le titre de Docteure honoris causa de l'Université Sōka de Hachiouji-Tokyo. Le , elle intervient à la conférence d'ouverture du World Forum Lille (Forum mondial de l’économie responsable), à l'occasion de l'avant-première mondiale du film Nous resterons sur Terre, dans lequel elle exprime son point de vue sur les défis environnementaux actuels.

À partir du 29 juillet 2009, Wangari Muta Maathai est conseillère honoraire au Conseil pour l'avenir du monde.

Vie privée

Elle a trois enfants avant de divorcer en 1979. Son mari affirme alors au juge qu'elle avait un « trop fort caractère pour une femme » et qu'il était « incapable de la maîtriser ». Après avoir perdu le procès du divorce, Wangari Maathai déclare dans la presse que le juge était incompétent ou corrompu, ce qui lui vaut d'être emprisonnée pendant 24 heures puis libérée après avoir promis de s'excuser[11].

Controverse

En 2003 elle déclare à propos du SIDA : « en fait il a été créé par un scientifique pour la guerre biologique. Pourquoi y a-t-il eu tant de secrets autour du sida ? Quand on demande d'où provient le virus, ça fait beaucoup de problèmes, ça me fait me poser des questions ». Ses déclarations suscitent des réserves notamment de la part de Washington[12]. Victime, selon certaines personnes, de la « maladie du Nobel », elle revient sur ses déclarations en disant que ces propos avaient été mal interprétés car sortis de leur contexte tout en affirmant n'avoir jamais cru que le virus du sida ait été fabriqué de toutes pièces par l'homme[13].

Honneurs, récompenses, distinctions, décorations (extrait)

Wangari Maathai a reçu plus de cinquante honneurs, récompenses, distinctions et décorations pour ses actions[14], dont :

Hommages

Depuis le mois d'avril 2019, la bibliothèque universitaire de l'École Nationale d'Ingénieurs de Saint-Étienne (ENISE) porte son nom. L'inauguration a eu lieu le 4 avril 2019.

Une école primaire à Aubervilliers porte son nom.

Œuvres

Wangari Maathai a écrit et préfacé de nombreux livres. Seuls quelques-uns sont traduits en français.

  • Pour l'amour des arbres (trad. Jean-Paul Mourlon), L' Archipel, , 164 p. (ISBN 978-2841877096)
  • Celle qui plante les arbres (trad. Isabelle Taudiere), Héloïse d'Ormesson, , 380 p. (ISBN 978-2350870571) « Témoignage poignant des défis et des réussites de l'Afrique moderne. » Bill Clinton
  • Mama Miti, la mère des arbres (trad. Claire A. Nivola), Le Sorbier,
  • Un défi pour l'Afrique, Héloïse d'Ormesson, (ISBN 978-2350871400)
  • Réparons la Terre [« Replenishing the Earth »], Paris, Éditions Héloïse d'Ormesson, 2012 (ISBN 978-2-35087-199-8)
  • Unbowed: A Memoir, Knopf, 2006. ( (ISBN 0-307-26348-7))
  • « Un prix Nobel de la paix pour la planète », article de Wangari Maathai, L'Ecologiste no 14, oct-nov-décembre 2004, p. 6-7
  • The Greenbelt Movement: Sharing the Approach and the Experience, Lantern Books, 2003. ( (ISBN 1-59056-040-X))
  • The Canopy of Hope: My Life Campaigning for Africa, Women, and the Environment, Lantern books, 2002. ( (ISBN 1-59056-002-7))
  • Bottom is Heavy Too: Edinburgh Medal Lecture, Edinburgh UP, 1994. ( (ISBN 0-7486-0518-5))

Filmographie

Sources

  • (fr) von Lüpke / Erlenwein le "Nobel" alternatif, 13 portraits de lauréats, La Plage, Sète, 2008

    Notes et références

      1. Franck Prévot et Aurélia Fronty, Wangari Maathai La femme qui plantait des millions d'arbres, Rue du Monde, , 45 p. (ISBN 9782355041587), p. 40-45
      2. En 1960, Tom Mboya rend visite aux frères Kennedy en vue d'obtenir leur soutien pour élargir le programme Students Airlifts Programme à une plus grande partie de l'Afrique, et il y réussit. Le programme est étendu à l'Ouganda, au Tanganyika et à l'île de Zanzibar (tous deux maintenant Tanzanie), la Rhodésie du Nord (maintenant Zambie), la Rhodésie du Sud (maintenant Zimbabwe), et le Nyasaland (maintenant Malawi).
      3. Alizée Vincent, « Activisme écolo: stop à l'entre-soi occidental ! », Causette, , p. 21
      4. (en) « In deep sympathy following the death of Professor Wangari Maathai », The Club of Rome, (lire en ligne).
      5. (en) « Nobel peace laureate Wangari Maathai dies in Nairobi », Daily Nation, (lire en ligne).
      6. « Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix et militante écologiste, est morte », Le Monde, 2011, avec afp et reuters (lire en ligne).
      7. http://www.ubiznews.com/news/societe/item/1784-kenya-fun%C3%A9railles-nationales-pour-wangari-maathai
      8. « https://fr.unesco.org/womeninafrica/wangari-maathai/biography »
      9. Violynea et Natty, « Expliquez moi l’écoféminisme », sur simonae.fr, (consulté le 7 août 2017)
      10. Nobel Foundation, « Wangari Maathai - Biographical », d'après The Nobel Prizes 2004, Tore Frängsmyr, Nobel Foundation, Stockholm, 2005, sur www.nobelprize.org (consulté le 8 août 2017)
      11. (en-US) Jane Perlez et Special To the New York Times, « Nairobi Journal; Skyscraper's Enemy Draws a Daily Dose of Scorn », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 8 mars 2020)
      12. « Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix et militante écologiste, est morte », Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 8 août 2017)
      13. décès de la première africaine prix Nobel sur www.lefigaro.fr consulté le 7 septembre 2013
      14. (en) « About Wangari Maathai: Summary Biography of Professor Wangari Maathai », The Green Belt Movement International, (lire en ligne).
      15. (en)Honorary Doctorates, Prize and Awards, Waseda University, consulté sur www.waseda.jp le 19 septembre 2012

      Voir aussi

      Articles connexes

      Bibliographie

      • (de) Geseko von Lüpke et Peter Erlenwein (trad. Stéphanie Alglave), "Nobel" alternatif, 13 portraits de lauréats, La plage, , 213 p. (ISBN 978-2842211912)
      • Claire Nivola (trad. Ariel Marinie), Mama Miti, la mère des arbres, Le Sorbier, , 32 p. (ISBN 978-2732039176)
      • Laurent Simon, Joël Boulier et (Wangari Maathai, qui signe la préface), Atlas des forêts dans le monde : Protéger, développer, gérer une ressource vitale, Editions Autrement, , 80 p. (ISBN 978-2746712690)
      • Franck Prévot et Aurelia Fronty, Wangari Maathai, la femme qui plante des millions d'arbres, Rue du monde, (ISBN 978-2-3550-4158-7)
      • Karine Edowiza, Les petites graines de Wangari, histoire à colorier librement inspirée de la vie de Wangari Maathai, 2017, 54p.

      Liens externes

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